Depuis longtemps déjà, j'ai la tête qui tourne en passant aux abords d'une église. Tous les clochers sont différents. Elancés ou râblés, sombres ou clairs. Mes sensations aussi. Parfois, rien qu'à passer à l'entour, mon cœur s'illumine ! D'autres fois, je sens les saccages de lieux sacrés. Le temple outragé se transmute en lieu hostile aux hommes.
Chaque église est unique. Elle résulte d'un travail pontif visant à relier un lieu et sa communauté au Tout Autre.
Grand sensible s'il en est... j'ai découvert les églises d'abord en Belgique et dans le Nord de la France. La cathédrale de Tournai fut ma première initiatrice. J'ai compris grâce à elle combien mes émotions représentaient un moteur essentiel de transformation intérieure. Des parcours se dessinaient sous mes pas. Un temps de purge pour m'extraire du siècle, suivi d'un temps de méditation pour créer l'espace disponible... avant de vivre un temps d'enseignement. Chaque église présente le même schéma... à chaque fois inscrit d'une manière singulière dans la pierre. Cet héritage médiéval représente un don de l'humanité. Cadeau ignoré par l'essentiel des nôtres, dont les yeux, à l'instar des papillons pris dans les phares d'une automobile, restent rivés aux merveilles issues du progrès technique. Gare à la collision !
Puis, ce furent au tour des églises de la ville de Saint-Omer (Pas de Calais) de m'instruire. L'ancienne cathédrale sise sur la butte, et les ruines d'un vaste édifice encore visible à côté de la gare qui répond au nom de l'abbatiale saint Bertin. Là bas, j'ai découvert le rôle des clercs dans le dialogue des vivants avec les morts. Les deux églises fonctionnent ensemble. Certains temples permettent de faire passer les âmes vers le clair royaume des Hespérides. Les emplacements demeurent inscrits dans les murs. Gare au vivant qui s'aventure à méditer à la place du défunt... pour l'avoir ignoré, j'en fus cloué au lit durant une quinzaine... l'enseignement a souvent un prix prix.
Ce besoin à fréquenter ces lieux sacrés souvent déserts m'a amené à rencontrer d'autres hommes passionnés. Ainsi, je croisais Raymond Montercy, Jacques Bonvin et Luc Labat. Leur compagnie me fit découvrir la géobiologie... une pratique expérimentale qui permet tout d'abord de qualifier avec des mots le ressenti du corps dans un endroit. Puis, chose extraordinaire, de transformer des endroits difficiles à vivre en havres paisibles. J'exerce actuellement une activité de géobiologue professionnel dans la région de Lille (59). L'ambition vise à réconcilier l'homme avec son milieu. De prendre soin de la Terre qui nous porte, comme autant de fruits. En rétablissant la respiration du lieu, les femmes et les hommes qui vivent dessus reprennent des couleurs !
Mon premier livre répond à une interrogation profonde quant à la circulation dans une église médiévale. Le nombre de portes est parfois important... et, connaissant la codification précise de chaque rite, il m'a paru inenvisageable que la circulation soit laissée à la bonne appréciation des fidèles... il devait exister des règles. Cet essai tente de les retrouver par la forme (statuaire, agencement).
Un travail complémentaire consiste à la retrouver par la sensation... mais, pour cela, il faut se rendre sur place. Un livre ne peut rendre compte de telles expériences !
Actuellement, je travaille sur deux manuscrits.
Le premier reprend l'enseignement de mon maître sur les tracés régulateurs. Il devrait sortir en 2015/2016.
Le second essai expose un travail sur l'église Sainte-Radegonde de Poitiers...je cherche à relier tracé régulateur de l'église et mystique médiévale. Un plongeon dans l'eschatologie de nos pères, où l'éclat de l'âme des morts guide les vivants en chemin... et où la prière des vivants élève celles des proches décédés pour les mener à l'assemblée invisible des champs Elysées. Dialectique éternelle présente dans pratiquement toutes les civilisations.