Jacques Fabrizi est né en 1953 dans une cité ouvrière de l’est de la France où il exerce la médecine générale depuis plus de quarante ans. Sa famille d’origine italienne y émigra en 1927. Titulaire d’un DIU de soins palliatifs et accompagnement et d’un DU de psycho-oncologie clinique. Il est également leader accrédité de la société médicale Balint et maître de conférences associé à l’université du Luxembourg.
Il est l’auteur de deux romans et de trois essais :
- " L'indicible de la nuit" (Cent Mille Milliards, 2024).
Après le roman Une vie par défaut, où Federico Pratola devait faire face au décès de sa mère et tentait de trouver un sens à la relation qu’elle n’a jamais su entretenir avec ses enfants, Jacques Fabrizi évoque la figure du père, ancien résistant communiste déporté à Buchenwald, rescapé mais ensuite enfermé dans une infinie tristesse silencieuse, « indicible ».
Federico Pratola, toujours médecin à Longwy, enterre son père, et une double épreuve se présente alors à lui : tandis qu’il revit son adolescence, en particulier sa soudaine et grave maladie après le visionnage familial d’un film sur la libération du camp de Buchenwald, l’actualité surgit dans son quotidien avec la pandémie de Covid-19, ses morts trop nombreux, ses décisions politiques radicales et le sentiment d’impuissance devant un fléau meurtrier et insaisissable. « Nous sommes en guerre », insiste le président de la République, mettant Federico Pratola dans un trouble profond face à l’existence, la sienne comme celle de ses parents, décidément imprévisible et incontrôlable : les traumatismes de la vie franchissent les générations, intègrent d’autres destinées dans lesquelles ils se manifestent sous des formes mystérieuses.
L’indicible de la nuit propose une lecture intime des évènements qui surviennent dans nos parcours, souvent de plus loin que nous le pensons. Si nous sommes des réceptacles sensibles aux péripéties qui ponctuent le fil de notre vie, sans que nous en maîtrisions les origines ni les effets, peut-être pouvons-nous agir sur les destins de celles et ceux qui nous suivent. Il n’y aurait pas tant de hasard que ça… Comme en écho à La peste, de Camus, Jacques Fabrizi insère une note politique dans son roman qui prend place au début de la pandémie de Covid-19 : l’humanité toute entière est concernée par les destins de chacun…
- "Une vie par défaut" (Cent Mille Milliards, 2021).
Au décès de sa mère, un fils explore la relation qui s’est tissée entre eux au fil des ans, en particulier pendant son enfance dans les années 1950 et 1960, et tente d’en faire l’exégèse. Durant 48 heures, entre l’annonce du décès et la messe de funérailles, le héros vit intensément cette effervescence psychique qui se manifeste en lui tandis qu’il retourne dans le quartier ouvrier du Pays-Haut Lorrain peuplé d’immigrés en majorité d’origine italienne où il a vécu.
Un premier roman à la fois fresque historique et émouvant tableau intime. Jacques Fabrizi propose une subtile mise en scène de son histoire, a priori simple (un fils pleure la mort de sa mère), qu’il inscrit dans une unité de lieu, de temps et d’action (du décès de la mère à son enterrement) ponctuée par les retours du héros dans le passé : Federico Pratola, obsédé par un amour maternel introuvable, enquête sur son existence et tente de lui donner un sens tandis qu’il revisite les lieux de son enfance. Un flux et un reflux qui se retrouvent dans le style même de l’écriture, comme pour mieux explorer les pensées intimes obsessionnelles du héros. Jacques Fabrizi trace de fait en filigrane la notion psychanalytique du « défaut fondamental » décrite par Michael Balint sur l’absence « d’amour primaire », les blessures narcissiques précoces et les indéniables répercussions sur le développement et la personnalité de l’enfant qui perdure dans l’adulte. En arrière-plan, il dessine l’histoire d’une époque (1950-2000), d’une ville (Longwy) et d’une population (les immigrés italiens) qui elles aussi ont manqué de tout ce que la vie leur avait promis… C’est cette tendresse et cette dureté que narre avec audace Jacques Fabrizi dans un roman qui ne triche pas.
- "Le château -Essai sur la fin de vie" (Cent Mille Milliards, 2023).
Le Parlement débat cet automne 2023 à propos d’une proposition de loi « donnant et garantissant le droit à une fin de vie libre et choisie ». La France traîne dans le traitement palliatif, une consultation citoyenne montre les attentes dans ce domaine.
Jacques Fabrizi a créé l’association La barque silencieuse qui promeut les soins palliatifs et l’accompagnement des personnes atteintes de maladie grave, évolutive ou terminale. Il souhaite fonder une Maison de soins palliatifs sur le Pays-Haut de Meurthe-et-Moselle.
Avec Le château, titre qui se réfère à Kafka, il relate son expérience personnelle dans l'accompagnement de ses patients en médecine générale et son engagement pour la promotion des soins palliatifs. Le sujet est devenu politique, avec des prises de positions vertueuses fortes et des engagements financiers. Or, plus que sur une mise à jour opportuniste du cadre légal existant, l'auteur invite à s’interroger sur les raisons de la situation française et sur la façon d’aborder une question qui nous concerne tous. C’est là qu’intervient la référence à Kafka : où se tient l’humanité quand nous quand nous parlons de la souffrance et de la mort, la nôtre comme celle des autres ?
- "Un chemin de croix. Psycho-oncologie et médecine générale" (Cent Mille Milliards, 2020).
« Des cas comme celui que vous présentez, ça n’existe plus ! » Ce commentaire est celui d’une examinatrice composant le jury devant lequel je soutenais mon mémoire en vue de l’obtention du diplôme de psycho-oncologie clinique. Le ton condescendant, voire légèrement méprisant, elle ajouta : « Vous parlez de psychothérapie du médecin généraliste, mais votre pratique correspond plus à du soutien psychologique que psychothérapique » (sic).
Cette remarque sentencieuse émane d’une psychologue clinicienne et psychothérapeute de formation analytique exerçant dans un centre hospitalo-universitaire parisien de renom. Elle ne relève pas, à mon sens, d’une simple question de sémantique ou de rhétorique, mais d’une profonde méconnaissance de l’exercice en médecine générale. C’est ainsi que l’idée d’illustrer les singularités et les spécificités de la relation soignant-soigné en médecine générale à partir d’un cas d’accompagnement psycho-oncologique m’a semblé intéressante.
- "Déjà-presque-mort mais encore-si-terriblement-vivant", illustré de dessins de Jean Rustin (L’Harmattan, 2012),
"En explorant son histoire personnelle, Jacques Fabrizi, médecin généraliste depuis 30 ans, nous offre une réflexion sur la mort, la vie, l'art et le souvenir : Il définit sans le limiter le rapport particulier qui l'attache à ses patients en fin de vie, rapport qu'il approfondit lors de ses études de psycho-oncologie et de son activité de médecin en soins palliatifs. Ce livre en plus de la sincérité et de la spiritualité de son auteur, témoigne d'un réel talent littéraire et de ce fait, il nous laisse plus riche, plus confiant en la vie et plus inventif devant les mystères de la mort".
Rolande Scharf LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ MÉDICALE BALINT N°74 ETÉ 2012, juin 2012