Sans trop savoir pourquoi, j'ai atterri un jour à la maternité d'Alès, la plus proche de cette Cévenne où j'allais passer mes premières années.
Je n'en ai aucun souvenir, mais d'après un document appelé "Carte nationale d'identité" (moi qui n'aime que l'altérité), ce fut le 6 décembre 1958.
Mon père - mais je ne le sus que bien plus tard - était un descendant de rescapés.
Enfant, il avait été protégé par des protestants dans la Drome. Il était devenu protestant, puis devenu pasteur.
De ma montagne, et d'une vie qui restait médiévale, j'aurai énormément appris.
À l'école, je fus considéré comme un élève assez brillant - ce qui me valut rapidement d'y ressentir, dès le collège, un sentiment d'ennui inextinguible.
Les hasards de la profession de mon père nous conduisirent en divers lieux, m'infligeant une adolescence en contact avec l'arrogance des gens dits "biens" car ils ne savent pas ce que peut être manquer de tout.
Je devins libertaire.
Le plus étrange était la certitude - induite sans doute par le non-dit des familles de rescapés - de ce que ma vie serait brève, et qu'il fallait tout vivre intensément.
D'une sensibilité artistique, j'ai vécu par la suite dans des conditions très diverses, animateur d'ateliers d'écriture poétique, écrivain-poète dans le cadre d'une compagnie de danse, etc.
Des voyages dans les Himalayas m'ont conduit à envisager de nouvelles études, cette fois de théologie.
Je devins assistant universitaire, puis pasteur protestant libéral (adogmatique), tout en préparant un Doctorat de philosophie, dédié à mon vénéré Derrida.
J'ai regretté alors de ne pas avoir suivi le chemin universitaire, mais peu importe ! seul compte ce que l'on sait faire de sa vie !
D'écrivain, je suis devenu éditeur - mais tout en continuant à écrire.
Et j'adore étudier, tant la philosophie contemporaine, que la littérature libertaire, que tout ce qui concerne la fondation de l'école laïque, dont la pédagogie, poursuivant les recherches de la Convention, dépasse de si loin tous les débats contemporains.
Dans mes livres, ou ceux des auteurs que j'édite, je tente d'accomplir une manière de pèlerinage vers la vérité de l'être et l'humanisme vrai.
Le dernier est le plus personnel : je tente d'exposer ce que représente, pour un citadin comme moi, la découverte d'une vie dans la nature et loin de tout.
Je ne cherche aucune gloire.
J'aime bien, toutefois, que l'on me demande des conférences...