S’il fallait définir Emmanuel Durand en un mot, ce serait sans doute « hybride ».
Hybride, comme le concept central de son premier livre, la Menace Fantôme, les Industries Culturelles face au numérique (Presses de SciencesPo, 2014). Cet essai, aussi bien accueilli par la critique que par la frange la plus innovatrice du secteur des industries culturelles, avait pour ambition de comprendre les processus à l’œuvre dans la transition vers des modèles d’affaires numériques dans le secteur de l’entertainment. Au cœur de ces transitions, il explorait les recompositions des frontières traditionnelles entre création, distribution et consommation, au profit d’une hybridation générale, source de désarroi autant que d’opportunités.
Mais, si Emmanuel Durand est hybride, c’est d’abord par son identité même. Né à Sarcelles, et évoluant dans l’univers des multinationales globales, trouvant ses racines entre les Vosges et le Maroc, Emmanuel conduit aujourd’hui de front une carrière de dirigeant d’entreprise et d’essayiste.
Après des études à Paris IX Dauphine, cette carrière a démarré chez M6 Publicité, où Emmanuel était en charge de la commercialisation des opérations spéciales et des programmes courts. Il y développa un module pour le secteur du cinéma permettant à ce secteur interdit de publicité télévisée d’avoir accès au réseau hertzien. Il se fit ainsi remarquer par l’un de ses clients, Universal Music, qu’il rejoignit ensuite comme Directeur de la Publicité, avant de partir chez Sony Music, en tant que Directeur Marketing du label Epic.
Comme beaucoup d’autres dans ce secteur, Emmanuel a subi la crise de 2003, quand toute l’industrie du disque a vacillé. Il a donc rejoint le Groupe l’Oréal, pour diriger la marque La Roche-Posay, puis l’ensemble de la Division Cosmétique Active en Suisse depuis Zurich.
Cette première expérience de dirigeant, quoiqu’accomplie dans un contexte social, national et linguistique complexe, et malgré la crise de 2008 qui toucha durement les industries cosmétiques, s’est révélée très positive, avec à la clé le plus fort taux de croissance des marques du groupe en Europe. Un succès en partie dû à la position hybride d’Emmanuel, évoluant dans un secteur qu’il ne connaissait pas, et obligé de ce fait de construire une approche à la fois pragmatique et analytique.
Appelé par Warner Bros., le leader de l’Entertainment, Emmanuel a ensuite pris les rênes du marketing du studio pour la France et le Benelux, avec l’objectif de contribuer à amortir le virage numérique qui s’annonçait alors pour le cinéma.
Il a pour cela commencé par créer une direction transversale, selon un modèle inédit dans le secteur, en fusionnant les différentes équipes marketing. Cette réorganisation orientée vers le client a permis à Emmanuel de réunir l’une des équipes les plus dynamiques et innovantes du métier, qui commença par créer le programme d’animation de communautés My Warner, puis, parmi les premiers, développa avec équipe de data scientists une stratégie de collecte, traitement et utilisation de ses données consommateurs, de manière à concevoir un programme de recommandation sur le modèle popularisé par les géants de l’Internet.
Ces enjeux sont l’objet du second ouvrage d’Emmanuel : l’Attaque des Clones, la Diversité Culturelle à l’Ere de l’Hyperchoix, publié également aux Presses de SciencesPo en novembre 2016. Avec la même approche pragmatique et innovante qui avait guidé la Menace Fantôme, il tente d’apporter des réponses aux contradictions d’un monde où l’accès à la culture n’a jamais été aussi large, et où la diversité des œuvres consommées par les publics n’a jamais été autant remise en jeu.
Au même moment, Emmanuel relève un nouveau défi entrepreneurial, en fondant le bureau parisien de Snapchat, le réseau social le plus innovant et disruptif du moment. Il est désormais Venture Partner dans un fonds dédié aux industries créatives, tout en poursuivant ses travaux d'écriture et d'enseignement à Sciences Po.