Christian Andraud nait le 4 juillet 1957 à Port-Lyautey, devenu Kénitra. Il conserve de ces terres marocaines les parfums de sable et d'épices, comme l'authenticité des valeurs de ce peuple. Christian Andraud fut l'assistant parlementaire de Roger Quilliot, ancien ministre du logement et spécialiste d'Albert Camus, lui qui tenta en vain de faire se comprendre les hommes sur sa terre d'Algérie.
Extraits de "Kamel. Un soldat français. De Hadj a Tibhirine"
« ...15 octobre. Dix jours que nous sommes entrés dans le dernier mois du calendrier musulman. Dhou Al Hiidja nous est arrivé comme une lumière dans ce chaos. Le sanglant mois de septembre fait encore courber l'échine à toute la communauté musulmane. La honte est sur nous tous, victimes de l'aveuglement de quelques-uns des nôtres. Nous voilà collectivement bannis, désignés à la vindicte, sans distinction... » « ...Nous sillonnons à présent les terres syriennes du Nord-Est et soulevons la poussière de pistes cabossées. Les massifs montagneux se sont effacés au profit de vastes plaines désertiques d'où émergent quelques villes et villages. Ces terres sont désormais celles du califat. Et notre drapeau noir de Daesh nous aide à progresser... » « ... C'est à Hasakah que je tenterai de trouver un contact. A moins que l'opportunité ne se présente sur la piste. Qu'importe, je trouverai bien un moyen. Même si je sais l'hostilité présente partout, dans ce couloir djihadiste. Il me faut redoubler de prudence. Mais ne jamais douter de moi. Je sais que l'effort qui m'attend m'amènera aux premières lueurs du jour. J'accélère encore le rythme en cadençant ma foulée, comme le halètement de mon souffle dont je ne prends même plus le soin d'étouffer l'écho. Plus rien d'autre que l'effort continu sur lequel concentrer mes pensées. Courir. Sans jamais m'arrêter. Et bénir les tortionnaires du GIGN qui me condamnèrent jadis à cette souffrance...» « … Il stoppe la voiture au milieu du village, tout près d’une modeste église. Un crucifix domine l’édifice. Je le regarde comme une anomalie. Déjà une foule de gosses se presse autour de nous. Ils encerclent le Pick-Up en criant. Ils parlent une langue que je ne comprends pas. Un dialecte kurde à l’évidence, qui accentue la clameur de la cohue que provoque notre arrivée. L’effervescence redouble. Des petites mains frappent sur les vitres. Les enfants entrent dans une surenchère bruyante, presqu’inaudible. De cette cacophonie émergent quelques sonorités arabes, puis des phrases qui se détachent. Tous arborent fièrement l’attribut religieux. De petites croix de bois qui pendent à leur cou… »