Corinne Martel

« Serai-je le héros de ma propre vie, ou cette place sera-t-elle occupée par un autre ? »

— Charles Dickens, David Copperfield

Je crois que j’ai longtemps été les deux : celle qui vit l’histoire et celle qui l’observe, celle qui avance et celle qui, déjà, cherche à comprendre ce qui se joue derrière les apparences.

À l’aube de mes 57 ans, je mesure combien une vie peut contenir de vies.

J’ai vécu dans de nombreuses grandes villes de France, changé de décors, de métiers, de certitudes. J’ai longtemps travaillé dans l’univers du jeu vidéo et exercé des fonctions de direction commerciale. Puis, à 50 ans, j’ai décidé de reprendre le fil autrement. Une reconversion profonde, exigeante, qui m’a conduite vers la psychologie du travail, la clinique et l’hypnose médicale. Aujourd’hui, je suis intervenante en psychologie du travail, thérapeute clinicienne et hypnothérapeute. Et cette année encore, je retourne sur les bancs de l’université, parce que je reste convaincue qu’on n’en a jamais fini d’apprendre, de comprendre et de se réinventer.

Il y a dix ans, lorsque j’ai écrit mon premier roman, je ne savais probablement pas encore mettre des mots sur ce qui m’attirait déjà : les êtres humains lorsqu’ils vacillent, leurs émotions, leurs blessures, leurs choix, ce qui les fait tomber et, surtout, ce qui leur permet de se relever.

Aujourd’hui, prendre soin est devenu le cœur de mon métier. Avec le recul, je crois que l’écriture m’avait indiqué le chemin bien avant que je décide de l’emprunter.

Je vis désormais au Havre, une ville que j’aime profondément, face à cette mer qui rappelle chaque jour que rien n’est tout à fait immobile.

Et puis il y a cette drôle de conviction qui m’accompagne depuis longtemps : depuis le jour de ma naissance, mon histoire semble avoir décidé de ne pas être tout à fait ordinaire. Puisqu’un destin m’a été donné, autant essayer d’en faire quelque chose. Je n’en raconterai pas davantage ici. Pas encore.

Dix ans après mon premier roman, l’envie d’écrire revient. Différemment, forcément. Parce que je ne suis plus tout à fait la femme qui écrivait alors. J’ai davantage vécu, davantage écouté, davantage compris aussi combien les histoires que nous portons peuvent parfois nous enfermer et, à d’autres moments, nous sauver.

Enfin, il y a vous.

Vous qui avez ouvert mes livres, vous qui m’avez écrit, parfois des années plus tard, vous qui vous êtes reconnues dans une phrase, une émotion ou un personnage. Un livre n’existe réellement que lorsqu’il rencontre quelqu’un. Et cette rencontre-là m’a toujours profondément touchée.

Alors peut-être vais-je reprendre la plume.

Parce qu’après tout, je n’ai jamais vraiment su choisir entre être l’autrice de mon histoire et en être la lectrice.

Et je crois que je n’en ai plus envie.

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