Mateo Maximoff

Matéo Maximoff, écrivain tsigane

Matéo est né en 1917 à Barcelone en Espagne où sa famille, après avoir parcouru plusieurs pays tant à l'est qu'à l'ouest de l'Europe, s’était réfugiée pour essayer d'échapper à la Première Guerre mondiale. Ce n’est que quelques années plus tard, en 1920, que ses parents se sont installés en France. Son père était un Rom Kaldérash (chaudronnier) parti de Russie avec toute sa famille (environ 200 personnes) au début du vingtième siècle pour fuir le bolchevisme. Sa mère, elle, était issue d’une famille de Manouches de France. Avant cela, ses ancêtres avaient vécu pendant cinq siècles en esclavage en Moldavie et en Valachie, province de l’actuelle Roumanie.

Matéo n’a jamais mis les pieds dans une école.

En 1935, Matéo part retrouver la famille manouche de sa mère qui circule en caravane dans le centre de la France. Pendant deux ans, il partage la vie nomade de ses oncles et tantes maternels et de ses cousins. Il est tour à tour forain, marchand ambulant et surtout projectionniste itinérant dans les villages.

C’est à cette époque, alors qu’il est âgé de 21 ans, qu’un dramatique fait divers le conduit à l’écriture. En Auvergne, près de Clermont-Ferrand, deux familles manouches s’affrontent violemment pour l’honneur d’une jeune fille. L’une de ces familles est celle de Matéo. Il y a de nombreux blessés et même des morts. Matéo, ainsi que d’autres membres du clan, est arrêté et conduit en prison sous l’inculpation de meurtre collectif. Pourtant, Matéo n’a tué personne, il n’a fait qu’essayer de protéger les siens. En cellule, Matéo écrit une lettre à son avocat, un jeune stagiaire du nom de Jacques Isorni qui s’illustrera plus tard en étant le défenseur du Maréchal Pétain. Ce dernier, très surpris par l’aisance avec laquelle ce jeune Tsigane s’exprime par écrit, lui demande de raconter en détail sa version des faits pour lui permettre d’assurer sa défense. Matéo s’exécute et, en quelques feuillets, décrit les événements de cette nuit tragique. Maître Isorni, déjà impressionné par la personnalité de Matéo, pressent alors qu’il se trouve devant un réel talent de conteur et peut-être d’écrivain. Il lui fournit du papier et des crayons et l’encourage à mettre à profit son incarcération pour écrire. Le procès se soldera par un non-lieu mais sa détention provisoire aura duré trois mois pendant lesquels Matéo n’a pas cessé d’écrire tout ce qui lui passe par la tête : sa propre histoire, celle de sa famille, des chroniques et des poèmes, et surtout son premier roman « Les Ursitory » qui ne fut publié que quelques années plus tard pour cause de guerre ; nous sommes en 1938 et déjà le bruit des bottes se fait entendre en Europe.

Ce fut une période très difficile pour les Tsiganes. Peu de gens le savent, mais les Tsiganes ont été persécutés au même titre que les Juifs en tant qu’indésirables et gens de race inférieure et plus de cinq cent mille d’entre eux ont péri dans les camps nazis. Par chance, Matéo et sa famille ont échappé à la déportation vers les camps de la mort. Il a cependant passé la quasi-totalité de cette guerre assigné à résidence dans des camps d’internement de Gurs et de Lannemezan dans les Pyrénées, dans des conditions épouvantables dont il gardera des séquelles physiques et morales. Il évoquera souvent dans ses écrits sa souffrance et celle de son peuple au cours de cette période. Pendant son internement dans les camps, il a écrit de nombreux récits dont la plupart lui ont été racontés par son grand-oncle Savka, des ébauches de romans et des poèmes. La plupart de ces écrits, malheureusement, ont été détruits ou simplement perdus.

Le premier roman de Matéo, Les Ursitory, est publié en 1946 chez Flammarion grâce à la persévérance de Maître Isorni qui s’était pris d’amitié pour ce jeune homme. Le roman connaît un succès immédiat auprès du public. Ce jeune Tsigane qui écrit dans un style très particulier, acéré et vivant, intrigue et séduit. Il ne tarde pas à acquérir une certaine notoriété dans les milieux littéraires. Les journaux, la radio et même la télévision dans les années 50 lui consacrent articles et émissions. Pendant une assez longue période il n’écrit que pour les journaux et les revues. Dans les années 50 il se remet à l’écriture et publie chez Flammarion deux nouveaux romans : Le prix de la liberté et Savina. Il enchaîne interviews et conférences sur les Tsiganes et participe à la création d’associations telles que Les Etudes tsiganes. Le cinéma le sollicite régulièrement pour des films ou apparaissent des Tsiganes : Singoalla (1949) La caraque blonde (1953), Elena et les hommes (1956), Goubbiah mon amour (1956) Cartouche (1962), Les amants de Teruel (1962), Kriss romani (1963).

En 1952, Matéo épouse Jacqueline, une jeune Suissesse avec qui il avait eu une relation épistolaire et qui était tombée amoureuse de lui en lisant ses livres et ses lettres. Cette jeune femme avait une fille issue d’un premier mariage et qui se nommait Carmen. Ils s’installent ensemble à Montreuil-sous-Bois où vit la famille rom de Matéo. Jacqueline est rebaptisée par la famille Tita et sa fille Carmen devient Savina. Quelque temps plus tard, en 1953, naît de leur union une petite fille prénommée Nouka.

Le début des années 60 marque un tournant déterminant dans sa vie.

Depuis quelque temps, il entend parler autour de lui d’un nouveau mouvement religieux qui touche de nombreux Tsiganes : le mouvement évangélique. Touché par la grâce, il se convertit et sa foi est si grande qu’il devient en quelques mois pasteur et missionnaire de la Mission Evangelique des Tsiganes de France. Il consacre alors sa vie à Dieu et parcourt le monde à la rencontre de ses frères Roms afin de leur apporter la bonne parole.

Sa nouvelle fonction l'amène à traduire la Bible en dialecte Kadérash de la langue romani dont seuls le Nouveau testament et les psaumes sont édités. Son engagement religieux ne met cependant pas fin à son activité littéraire, bien au contraire. Il écrit encore des romans : La septième fille, Condamné à survivre, La poupée de Maméliga (nouvelles fantastiques), Vinguerka, Dîtes-le avec des pleurs, Ce monde qui n’est pas le mien et Routes sans roulottes qui est une autobiographie.

Ses livres, tous publiés en français, sont traduits dans une dizaine de langues. En 1986, son œuvre littéraire est couronnée par la remise de la médaille de Chevalier des Arts et des Lettres. Lui-même fonde, en 1983, le Prix Romanès destiné à promouvoir la culture tsigane.

Matéo Maximoff n’était pas seulement un écrivain reconnu mais également un conteur, un poète, un cinéaste, un photographe, un reporter, un militant de la cause des Roms et même un pasteur. Sa vie passionnante a fait l’objet d’une biographie écrite par son ami Gérard Gartner Matéo Maximoff, carnets de route ainsi que de nombreux articles dans la revue Etudes tsiganes qui, en 2017 lui a consacré un numéro spécial de 160 pages. Son nom est cité dans presque tous les livres qui paraissent ou sont parus concernant les Tsiganes. Depuis 2014 une médiathèque à Paris porte son nom.

Le but premier de Matéo, en écrivant tous ces livres, était avant tout de faire connaître la culture tsigane aux « gadjés » (aux non Tsiganes) à travers le monde. Il s'était aussi donné pour mission de préserver cette culture essentiellement orale en laissant une trace écrite et durable qui permettrait aux générations futures d'en prendre connaissance. Il a par la suite traduit certains de ses livres en langue romani mais ceux-ci n'ont jamais été publiés, notamment pour des problèmes techniques de transcription d'une langue qui n'a jamais eu d'écriture. Les romans et nouvelles de Matéo ont bien sûr un intérêt ethnologique pour les scientifiques et les chercheurs car ils se situent soit dans la Roumanie au temps de l’esclavage (Le prix de la liberté), soit dans la Russie des tsars puis des bolcheviques (Vinguerka, Ce monde qui n’est pas le mien), soit dans l’Europe secouée par la Seconde guerre mondiale (Condamné à survivre) soit dans les camps d’internement (La septième fille). Les deux romans autobiographiques : Dites-le avec des pleurs et Routes sans roulottes se rapprochent plus du monde contemporain. Tous ces romans donnent un éclairage très particulier sur ces périodes de l’histoire de l’Europe et sur l’histoire des Tsiganes dans cette Europe. D’autre part, toutes ces histoires qui se déroulent parmi les Tsiganes donnent une foule d’informations sur les coutumes, les traditions et les croyances ancestrales de ce peuple.

Matéo Maximoff décède le 24 novembre 1999 à Romainville. Il reste encore aujourd’hui le premier et le plus célèbre écrivain tsigane du 20ème siècle. Sa personnalité hors du commun, son œuvre prolifique et son engagement auprès des Roms font de lui un auteur incontournable de la littérature tsigane dans le monde.

Nouka Maximoff

Tsigane (terme générique englobant les divers groupes (Roms, Manouches ou Sinté, Gitans ou Kalé)

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