Arnaud Fouqueray est mon voisin de palier.
Je le croise parfois le matin quand il va travailler à l'usine ou courir ses 8 bornes. Je salue aussi sa femme qui est mexicaine et toujours souriante. C'est bizarre des gens qui sourient tout le temps, on dirait une maladie. Ils doivent cacher des secrets pas jo-jo.
Un jour, j’ai pris l’apéro chez eux. Entre la Vierge mexicaine, les bouquins et des pinceaux partout. Ils m'ont expliqué qu'ils ont vécu, avec leurs deux filles, dans le nord de la France (est-ce qu'on choppe le sourire entre Lille et Bruxelles ? ça se saurait), puis à Mexico pendant quinze ans (suivez mon regard...) et de nouveau en France, ici, à Aix-en-Provence.
En bouffant du guacamole comme une poule, Arnaud prétendait avoir déjà eu plusieurs vies : professeur de physique-chimie au Burkina Faso, ingénieur qualité, consultant, entrepreneur, portraitiste et maintenant écrivain… Pour moi, ça sent le mytho.
Ou alors le mec qui fuit une menace, la mort ou la calvitie. Ou l’ennui : pour preuve, ses deux filles sont parties vivre leur bonheur ailleurs. Et son petit chien est mort.
Alors je lui ai donné des conseils pour soulever de la fonte et collectionner les timbres. Bach, et puis Coltrane se sont tus. Lui m’écoutait toujours. J’ai fini les mojitos.
Et au moment de le saluer il m’a fait un abrazo mexicain ! Le con. Ses bras malingres autour de moi… Et puis j’ai vu beaucoup d’émotion dans son regard de petit être sensible.
J’ai compris : il se comparait à moi et souffrait de sa médiocrité. Il est attachant. Je vais l’inviter pour parler. Il m’écoute toujours. Ça lui fera du bien.
Si je le revois je lui dirai que vous l’avez trouvé sur Amazon. Ça lui fera plaisir. J’aime faire plaisir à mon voisin.