yoan delcey

Je suis brancardier.

Avant cela, j’étais graphiste. J’ai passé des heures à faire bouger des pixels, à donner du sens à des formes, à chercher l’équilibre entre le vide et le plein.

Puis la vie m’a entraîné ailleurs. Vers ces couloirs qu’on traverse trop vite. Vers des corps qu’on pousse sans toujours regarder les visages. Vers ce métier de l’ombre, essentiel mais souvent invisible, qu’est celui de brancardier.

Ce métier m’a appris la patience. L’écoute. Le silence.

Il m’a aussi montré la douleur nue. Les séparations sans retour. Les questions qui restent coincées dans la gorge.

Un jour, un collègue est mort subitement. Un homme bon. Un homme comme moi. Un homme qu’on oubliera trop vite.

Ce jour-là, j’ai compris qu’il fallait que j’écrive.

Pour ne pas devenir transparent à mon tour. Pour raconter ce qu’on ne filme jamais. Pour témoigner que, même dans les instants les plus simples — pousser un lit, rassurer un enfant, essuyer un front — il y a de l’humanité.

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