Galliano Brigo

Chronique d'une Anomalie : Ma Mise au Point

Je suis né par un vendredi pluvieux, le 17 novembre 1972. Le monde m’attendait dix jours plus tôt, mais j’avais déjà décidé que mon temps ne suivrait pas le rythme des autres ; un « retard de phase » qui, avec le recul, fut mon premier contact avec cette Vitesse Manquée qui allait devenir le cœur de mon œuvre.

J’ai grandi dans la banlieue sud de Milan, dans un microcosme de brouillard et de sacrifices. L’argent manquait toujours, mais l’espace était dense de présences : je partageais ma chambre avec mon frère et ma grand-mère — mon véritable guide, celle qui m’a élevé pendant que mes parents se battaient au dehors pour notre avenir. Dans cette pièce, entre le souffle de ceux que j’aimais et le silence des cours de banlieue, j’ai appris à observer ce que tous les autres ignoraient.

Ma biographie biologique a commencé par une ascension difficile. J’étais un enfant fragile, presque transparent — « chétif » par définition. On m’a retiré les adénoïdes très jeune, et j’ai été condamné à quatre ans de pénicilline, des injections douloureuses qui ont martelé le rythme de mon enfance. J’avais les pieds plats et je portais de lourdes chaussures orthopédiques ; pour mes camarades de classe, j’étais « le rebut », celui que personne ne voulait dans son équipe parce qu’il ne courait pas assez vite, ou pas assez droit.

Dans cette solitude forcée, j’ai trouvé mes alliés : les livres, la physique, la chimie. Tandis que les autres jouaient au ballon, j’étudiais la matière et ses réactions. Je suis devenu chimiste, mais mon esprit ne s’est jamais arrêté aux atomes. Je dévorais tout, me bâtissant une culture générale qui était ma seule véritable évasion. Je voulais comprendre le « pourquoi » des choses — peut-être parce que le « comment » m’avait fait trop souffrir.

Puis, à la fin de l’école primaire, ma « rupture de symétrie » a eu lieu. J’ai décidé que mon corps ne serait plus une limite. Mais je ne pouvais pas le faire avec les autres : je devais le faire seul. Si je gagnais, c’était mon mérite ; si je perdais, c’était ma faute. Pas d’alibi.

J’ai commencé par l’athlétisme, je suis passé à la gymnastique artistique — apprenant à dominer le vide entre les barres parallèles et les anneaux — et j'ai fini par atterrir dans les sports de combat. Savate, Kickboxing, et ces rencontres mixtes le dimanche au parc, là où la théorie s’effaçait pour ne laisser place qu’à la fréquence de l’impact. Dans cette douleur recherchée et maîtrisée, j’ai compris que la résilience n’est pas seulement musculaire ; elle est vibratoire.

Aujourd’hui, quand j’écris sur la Brane, le Bulk ou le sacrifice de Kaelen, je ne fais pas que de la science-fiction. Je traduis en équations littéraires ces dimanches de pluie, ces chaussures pesantes et ce bourdonnement que je sentais dans mes oreilles après chaque coup reçu.

Je suis le chimiste qui a appris à se battre, et le combattant qui n’a jamais cessé d’étudier l’univers. J’écris parce que j’ai compris que nous sommes tous des « écarts » dans une réalité qui nous voudrait parfaits, et c’est précisément dans cette harmonie du défaut que réside notre seule et véritable liberté.

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