Derrière ce nom de plume se cache un auteur franco-italien, docteur en droit public. Sa thèse interroge la place de la morale et de l'éthique dans la société : pourquoi les institutions créent des règles, et pourquoi ces règles ne suffisent jamais. C'est en écrivant, en parallèle de ce travail exigeant, qu'il a trouvé de quoi se remonter le moral, comme si la littérature répondait à voix haute à la question que la thèse posait tout bas : qu'est-ce qui pousse un homme à agir avec droiture quand personne ne le regarde ?
C'est par Cyrano que tout a commencé. Non pas le personnage de théâtre, mais ce qu'il incarne : le refus du compromis, l'élégance dans la défaite, cette forme de courage qu'on appelle le panache. Edgard Bronce-Ceray a d'abord traduit en vers anglais le Cyrano de Bergerac de Rostand, puis il a écrit ce que Rostand n'avait pas écrit : un préquel (Before the Panache) et une suite (The Shadow and the Flame), réunis dans The Panache Trilogy, près de 78 000 mots en vers rimés.
Puis est venu Zévaco. Michel Zévaco, l'anarchiste, le feuilletoniste, le créateur de Pardaillan, ce mousquetaire qui partage avec Cyrano le même code moral : défendre les faibles, refuser l'injustice, ne jamais plier. Dix tomes, trois mille pages, des millions de lecteurs en persan, en turc, en arabe, mais pratiquement rien en anglais. Edgard Bronce-Ceray est le premier traducteur à entreprendre l'intégralité du cycle Les Pardaillan en langue anglaise.
En parallèle, il transpose les classiques français dans le monde contemporain : Hugo devient Les Misérables: American Dream, où Valjean est un ancien détenu du Rust Belt et les barricades celles de 2020 ; Voltaire devient Candide au Donbass, où un jeune Malien recruté par Wagner découvre l'absurdité de la guerre ; Balzac devient Officially Dead, où un soldat américain revient d'Afghanistan pour découvrir que le monde l'a effacé. Ces transpositions ne sont pas des exercices de style : ce sont des portes d'entrée vers les originaux, écrites pour une génération qui ne les ouvrira peut-être jamais autrement.
Si Cyrano a été le point de départ, c'est qu'il n'a jamais vraiment quitté l'auteur. Très tôt, il s'est reconnu en lui : la même façon de se tenir un peu à côté du monde, la même fidélité entêtée à ses principes quand il aurait été plus simple de plier. Ce qu'on nomme aujourd'hui tendances autistiques (l'hyperfocalisation, l'attachement au détail, l'incapacité à lâcher un texte avant qu'il soit juste) n'a jamais été pour lui un obstacle, mais une manière d'habiter le monde, et peut-être le moteur secret de tout le reste.
Il écrit en français, en anglais et en italien, les trois langues de sa famille.