Ma passion d’écrire
Des racines dans « l’ancien monde »
On peut avoir des violons d’Ingres, des « hobbies ». On peut avoir des passions !
J’ai la passion d’écrire. Dès mon adolescence, je remplissais des cahiers, j’écrivais des poèmes, je tenais un journal.
J’ai maintenant 69 ans. Je suis marié et j’ai trois enfants.
Né à Arles-sur-Tech, en plein cœur du Vallespir, j’ai passé ma petite enfance dans mon village natal, tout près du cloître, du fait de la guerre : je n’ai rejoint mes parents dans la Région Parisienne que vers la fin de la guerre.
Mais je suis revenu tous les étés « chez moi », dans « mon Pays », avec un profond sentiment d’exil, d’avoir été expatrié, déraciné. J’ai ainsi bien connu « l’ancien monde » des paysans austères des montagnes, de traditions, de fêtes villageoises, de contes et de légendes catalanes : un monde aujourd’hui (presque) complètement disparu, dans lequel je puise en grande partie mon inspiration, en tout cas ma force d’écrire.
Après des études d’ingénieur, j’ai passé 27 années au Centre de Recherches d’Electricité de France, où j’ai finalement créé et dirigé pendant sept ans un département de recherches sur les grands risques, les accidents industriels et les causes humaines des catastrophes, et sur les moyens de s’en prémunir.
Pour mieux poursuivre ma réflexion dans ce domaine, et être indépendant, j’ai fondé un cabinet de consultants – et j’ai donc quitté la « maison EDF » – depuis 1993. J’ai mené comme consultant des études, des recherches, des investigations sur le terrain, concernant les conditions de travail et d’organisation qui permettent d’assurer la meilleure sécurité possible.
Je suis l’auteur dans ce domaine de deux ouvrages et un troisième dont j’ai dirigé la réalisation avec René Montmayeul, qui a travaillé avec moi au Centre de Recherches d’EDF.
De L’Expulsion à Une enquête explosive
J’ai été repris par le démon de l’écriture à la fin des années 70. Mon premier roman, L’Expulsion, ou Histoire du dernier berger de la vallée du Riuferrer retrace la tragédie d’un homme expulsé avec son troupeau du mas dans lequel il avait passé toute sa jeunesse. Le roman fut bien accueilli par la critique littéraire.
Mon deuxième roman, Le désordre des sentiments, est paru en 2009. Si L’Expulsion était un roman sombre, désespéré, désenchanté en tout cas, un roman au bac dans un décor de multiples mas en ruines et de prairies et de champs abandonnés, où ronces et fougères prolifèrent, Le désordre des sentiments est un roman de la soulane, une aventure amoureuse sur fond de paysages vallespiriens : la rencontre d’un écrivain, Thomas, et d’une veuve américaine, Annette. Le roman débute un peu à la façon des comédies américaines : le badinage, la séduction, les jeux de l’amour sont la règle. Mais il réserve des surprises au « héros » : la solitude, les paysages qui se dérobent, la disparition soudaine et inexplicable d’Annette, l’américaine. Rien n’est jamais acquis à l’homme, avait écrit Aragon. Un long périple va conduire Thomas et Annette sur les bords de la Meuse, ce grand fleuve impassible (Arthur Rimbaud), le long des étranges lagunes du côté du Barcarès… jusqu’à Prats-de-Mollo, tout au fond de la vallée du Tech.
Mon troisième roman, qui vient de paraître est encore d’une autre facture. Il explore un tout autre domaine, celui des risques, des accidents industriels, des dangers et des difficultés du travail. J’ai évidemment puisé dans mes expériences et mes connaissances professionnelles, et celles d’amis, de collègues. Mais, bien que le roman se passe principalement au bord des lagunes audoises, je n’ai pas oublié l’incursion obligatoire en Pays catalan…
Le démon de l’écriture
Ecrire, c’est cent fois sur le métier remettre son ouvrage, tenir un journal, suivre le fameux précepte romain : Nulla dies sine linea (Pas un jour sans une ligne).
Ecrire, c’est un travail ponctué de recherches de synonymes, de vérifications du sens des mots… et de l’orthographe, de reprises, de ratures ! C’est écrire la même scène plusieurs fois, décider de la forme la plus adéquate, du ton le plus juste, du rythme, du bon mode d’entrée (du la, de la clé) dans le roman, les chapitres…
C’est aussi choisir et décider ce que l’on ne dira pas finalement, ce que l’on abandonne – parfois avec beaucoup de regrets –, car il faut parfois sacrifier des passages qui nous plaisent et conserver le fil tendu, la dynamique de l’histoire. L’écriture, c’est aussi l’école du renoncement.
Il y a toujours quelque chose d’autobiographique dans la plupart des romans. Les miens n’échappent pas à la règle. A travers des souvenirs, des impressions anciennes, le vécu d’enfance, mais plus profondément encore à travers ce que tout auteur projette de lui sur ses personnages et sur la relation entre ces personnages.
L’écriture a quelque chose de dangereux, car l’écrivain se dévoile, il s’expose. Il peut connaître l’agressivité, les reproches, les critiques acerbes… Mais il peut aussi avoir la reconnaissance, parfois inattendue d’une dame dans un village lui confiant à propos de L’Expulsion : « J’ai pleuré en lisant votre livre », ou un vieux monsieur lui disant : « Je me suis mis au lit avec votre livre et je n’ai pas pu le quitter. Je l’ai lu d’une seule traite. Et quand il a été fini, en pleine nuit, je l’ai relu une deuxième fois jusqu’au petit matin… ».
Si vous allez un jour au-dessus de Corsavy ou de Montferrer, à la Devesa de Vallbona ou du côté de la Cabane vieille au-dessus de la vallée grondante de la Parcigoule, ou encore vers les effondrements des mines de Batère, vous me rencontrerez peut-être, prenant des photos comme des repérages, m’attardant sur des détails, des visions d’ensemble, des lichens sur une pierre, un panorama, l’empreinte des nuages dans le ciel, ou prenant des notes, qui plus tard serviront de jalons à une nouvelle histoire.
Quand on a la passion de l’écriture…
Site Internet : Michel Llory / Site officiel de