Denis Duclos

Je me suis parfois demandé si Damascius, le dernier successeur de Platon et qui écrivait aussi des contes mythologiques et autres histoires extraordinaires ne s'était pas réincarné quelque part en moi. Le fait est qu'il écrivit aussi de savants traités, dont un sur le paradoxe, ce qui réjouit fort l'anthropologue fasciné par la parole et son valet "langage" que je suis de plus en plus (fasciné, pas valet...).

Impossible, en tout cas, de séparer dans ma graphomanie impénitente la théorie la plus aride, la plus acérée face aux rhéteurs les plus roublards peuplant le monde académique, et l'imaginaire le plus efflorescent, hors genre éventuellement : humour, polar, fantasy (sans chevaliers ni chimères excepté un mystérieux courant parcourant d'improbables Caraïbes et nommé "grand dragon").

Du côté des essais inspirés (sans pouffer) du plus profond esprit de "sérieux", se jalonne la méditation de toute une vie sur la violence individuelle et collective, et leur antidote : la pluralité. La violence collective s'incarne depuis plus d'un siècle par la surpuissance technique, désormais mondialisée. l'individuelle dans des délires, des symptômes d'emportement (comme dans la tuerie en série ou en masse). Ces violences sont en miroir. Inutile de croire en détenir la clef si on ne les rapporte pas les unes aux autres. La spécialisation, ici, vaut pour aveuglement garanti.

Le fil de l'oeuvre -sur près d'un demi siècle-, c'est cette recherche fervente, (pour ne pas dire quérulente) d'une solution qui ne soit pas aussi un tsunami. Et comme c'est éprouvant, comment ne pas la poursuivre du côté de l'image, du récit, de la drôlerie ? Comment ne pas se soigner des monstruosités réelles rencontrées dans l'histoire de notre folle espèce, par le rire, la satire, le rêve ? Mais, plutôt que de seulement osciller, tel un Gargantua pleurant comme une vache et "tout soudain riant comme un veau", pourquoi ne pas lier les deux registres ? Par exemple, en imaginant une pluralité possible dans le roman dystopique ? Ou bien, en sens inverse, en réfléchissant sur la fonction de l'art et de la folie dans la "civilité",,

sur les dialogues du corps et de l'esprit dans l'histoire, sur la démocratie des passions...

Compliqué ? C'est ma vie (et je doute que la vôtre soit plus simple...).

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