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Qui je suis ? D’où je viens ?
Ma seule certitude est que j’ai dû naître quelque part en méditerranée au large de Marseille.
Un jour de mistral sans doute si j'en juge par la difficulté que j'ai toujours éprouvée à lutter contre le courant.
Quand je pense à ce jour lointain du mois de mars 1960, la première image qu’il me vient en mémoire, c'est la statue dorée qui veille sur le port.
Notre Dame de la Garde, illuminée de soleil qui s’élève dans un ciel bleu et sans concession comme si elle flottait dans l’air au-dessus de la ville.
J'ai, au fond du cœur, ce bleu qui n’existe que dans l’idée que l’on se fait du ciel, et le sourire de cette vierge qui est celui de toutes les mères.
Ce qui me définit mieux que les mots, les dates ou bien la liste infinie de mes erreurs, ce sont les sensations, ces morceaux d'émotion qui s’accrochent à la peau.
La première d'entre elles, est le goût du sel sur les lèvres. Ensuite, c'est la perception du vent qui remue les idées, qui nettoie les oreilles et qui parfois poursuit sa route jusque dans les recoins les plus poussiéreux de la conscience.
Il y a les odeurs aussi, celles d'Orient, d'Asie, d'Afrique et d’alentours. Ces odeurs, qui comme les accents qu’elles emportent flottent dans l'air avant de s'accrocher dans une rue, un quartier ou un village. Il ne me viendrait pas l'esprit de les chasser pour aseptiser mon paysage. Elles m'ont toujours été nécessaires et vitales.
Et enfin, il y a le goût du basilic, du thym, du fenouil, de l’ail, l’huile d'olive et de l'anis.
Il m’en a fallu du temps pour réaliser que je n’avais finalement jamais quitté la rue où j’ai grandi.
Je ne la voyais plus, ou bien peut-être, était-ce que je regardais ailleurs ?
Elle était pourtant toujours avec moi en travers de mes errances. Toujours là, dans les recoins les plus sombres où j’ai traîné mes illusions.
C'est la lumière d’un sourire, comme un phare dans la nuit qui m’a reconduit à bon port.
Ma rue, elle, n'avait jamais changé de place. La statue de la vierge non plus n'a pas changé, c’est toujours avec le même sourire indulgent qu’elle regarde les marins au large.
Il m'arrive, les jours de mistral, d’entendre une voix murmurer, que le vent ne change jamais de direction, ce sont les hommes qui parfois lui tournent le dos.
Et si je ne suis pas rentré au bercail, c'est peut-être parce que je ne l'ai jamais quitté.
Alors j’écris, pour les femmes qui sourient et pour les hommes qui s'épuisent à nager à contre-courant.
Giampiero Marongiu