Brigitte Minel

Après avoir publié deux ouvrages grand public sur la psychothérapie, Brigitte Sarah Minel s'est lancée dans l'écriture de Porteuses de Lumière, récit initiatique au féminin.

Le Grand Genève magazine a posé cinq questions à l'auteure :

Comment en êtes-vous venue à écrire « Porteuses de Lumière » ?

C’est ma confrontation avec la dimension spirituelle chez mes patients, c’est à dire chacun de nous, possiblement chacun de nous. J’ai découvert que la plupart des gens ont une vie spirituelle, le plus souvent hors église, mais que l’héritage de la chrétienté ils le rejettent, tout en le recherchant par ailleurs, car ils ont conscience qu’elle est une source essentielle des valeurs de notre civilisation.

Pourquoi les gens rejettent-ils le christianisme ?

Ils sont fâchés avec le christianisme à cause de la Tradition de l’Eglise, de la mythologie qu’elle a élaborée au fil des siècles, parce qu’elle écrase le Féminin (tout en idolâtrant la mère de Jésus, alors que lui-même la rejetait parfois), parce qu’elle est emplie de rituels qui leur semblent artificiels, parce qu’elle s’adresse à une tranche de la société très étroite (les gens comme il faut) et qu’elle n’a pas de lien avec leur vie, avec leurs préoccupations, leurs souffrances, leurs problèmes concrets, leurs espoirs.

Vous commentez la Bible de façon très libre, n’avez-vous pas peur de choquer ?

Lorsqu’on se penche sur les textes bibliques avec un regard neuf et qu’on les lit comme si on ne les avait jamais entendus, alors on découvre une toute autre histoire. Jésus était le premier féministe. Vous imaginez, dans cette culture hébraïque, il s’adressait aux femmes et leur enseignait sa vision. Il ne les traitait pas comme si elles étaient éternellement « mineures », mais comme ayant largement autant de valeur qu’un homme. C’était très étonnant. Aujourd’hui, le problème de l’institution religieuse c’est qu’elle fait apparaître comme rétrograde une parole révolutionnaire et qui n’a pas encore eu l’occasion de se faire véritablement entendre.

Vous faites de Lazare une ordure, alors qu’il est un saint pour beaucoup de traditions et décrit comme l’ami de Jésus. Sur quoi vous appuyez-vous pour prendre la liberté de le dépeindre de cette façon ?

Si on lit les textes bibliques avec un esprit ouvert, on réalise que certains chapitres des évangiles n’ont pas de sens ou ne sont pas logiques. Or ceux qui les ont écrits étaient loin d’être des imbéciles. Pour le cas de Lazare, on constate plusieurs choses. Lazare n’est jamais nommé comme l’ami de Jésus, hormis dans la scène de sa résurrection. Pourtant Jésus n’accourt pas à l’annonce de sa maladie, alors qu’il est géographiquement proche. Et si Jésus pleure, il ne pleure qu’une seule autre fois, devant Jérusalem maudite, c’est vous dire. Jésus ne se réjouit pas de l’avoir ressuscité mais ordonne de le délier et de le laisser aller. Néanmoins, oui, il est bien écrit dans Jn 11 qu’il était son ami. Mais quand on regarde la logique de l’histoire, on réalise que cette mention est un ajout.

Quel a été votre but à travers l’écriture de ce roman ?

Revaloriser le Féminin et ce qu’il a à apporter à l’humanité. Le Féminin, ce n’est pas les femmes, mais un système de valeurs différent, vers lequel nous devons tendre, vers lequel nous sommes forcés de tendre, sous peine de voir notre monde et les relations entre les humains continuer à se dégrader. Comprendre le message du révolutionnaire d’il y a 2000 ans, ce n’est pas aller faire des génuflexions à l’église, ce ne sont pas de bons sentiments, mais réellement adopter les valeurs d’amour et de partage, dans nos pensées et dans nos actes.

Brigitte Sarah Minel a étudié la philosophie, l'ethnologie, la psychologie et la théologie.

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