J'ai découvert le pouvoir de l'imagination alors que je n'étais qu'un enfant. J'ai oublié quand, mais je me souviens encore aujourd'hui où et comment : un petit garçon en kimono sortant du judo assoiffé et se demandant comment une canette de soda pouvait lui apparaître aussi nettement sans qu'elle ne soit réellement là. Rien de plus. Mon père me répondit : "C'est ton imagination". Une réponse qui m'ouvrit à une infinité de perspectives dont je n’aurai cessé d'user et abuser mon enfance durant.
Je perdis mon imagination à onze ans. Un autre souvenir particulièrement net. Je m’étais rendu chez un copain pour jouer. J’avais apporté mon vaisseau spatial à sa demande et nous étions assis par terre dans sa chambre. Il se saisit du sien et commença à le faire voler. Je le regardai avec une drôle d’impression et tentai d’en faire autant. Impossible. Tout ça me parut affreusement faux, ridicule. Je ne parvenais plus à y croire. J’avais mûri et irrémédiablement pénétré le triste monde des adultes. J’offris mon jouet à mon ami et ne retourna plus jamais chez lui. Une page se tourna.
Adolescent, je m'engageai dans un parcours scientifique et fuyait l'ennuyeuse littérature. La lecture, elle aussi, n'était pas mon amie. Chaque phrase que j'écrivais contenait plus de fautes que de mots, et l'école, de manière générale, m'inspirait une geôle. Profitant de certaines facilités, je traversai ma scolarité sans trop de dégât et avec le minimum d’investissement.
Durant l'été 2003, la canicule s'abattit sur la France et moi, je grelottai dans mon lit avec quarante de fièvre. Les autres ados du centre de vacance d'Evian où je me trouvais s'amusaient et moi, prisonnier de mon corps affaibli, je ruminai mes pensées en silence.
Je pris un stylo et façonnai les premières ébauches d'un univers que je ne quitterai plus : Legendion. Je découvris dans l'écriture une sensation oubliée, renversante. Je retrouvai le lien avec mon imaginaire que la maturité m'avait volé. À nouveau, je pouvais ouvrir la malle aux jouets sans me sentir ridicule.
Après cela, je ne cessai plus d'écrire. Des personnages, des lieux, une histoire se dessinèrent. Mes chapitres étaient jalonnés de fautes et de tournures maladroites, mais ils existaient. Il me fallut des années d'écriture et de réécriture pour donner à cet univers la grâce qui lui seyait. Un style émergea de ce lent processus créatif. Tandis que mes pairs usaient leur jeunesse dans une succession effrayante de beuverie, je replongeai inlassablement dans mon monde, tel un peintre affairé sur sa toile
Je poursuivis mon travail en marge de ma vie. Père et mari d'un côté, aide-soignant de l'autre. Il me fallut dix ans pour trouver un éditeur prêt à m'accorder sa confiance. Une recherche désespérée pour bons nombres d'écrivains, que seule la passion nous impose de poursuivre.
Pourtant, après 6 ans sous contrat d'édition, j'ai décidé de repartir en autoédition, riche de l'expérience acquise et de nouvelles compétences.