Pendant longtemps, chaque année je partais une semaine seul pour respirer loin de Paris et me laisser aller à regarder ma vie avec davantage de recul. C’est lors de l’une de ces respirations que j’ai pris pleinement conscience du temps perdu chaque jour lors de mes trajets en métro. Je n’arrivais pas à bien lire et parcourir les actualités était plus déprimant qu’autre chose. J’ai donc décidé de faire de ces trajets un temps utile et même positif. En écrivant. Et oui pourquoi ne pas écrire dans le métro ? Je me suis lancé, jour après jour sur mon téléphone. Par petites touches, j’ai écrit la trame de mon roman. Le métro a eu un effet libérateur inattendu. Aucun syndrome de la page blanche. Non, le contraire même. En l’absence de contrainte, une sorte d’écriture automatique, avec des idées fraîches, presque jaillissantes. Et le trajet suivant me voyait reprendre et amender les bouts de roman écrits lors du précédent. A intervalles irréguliers, je me posais devant mon ordinateur pour reprendre le chapitre, le retravailler, l’enrober dans une cohérence d’ensemble. L’histoire s’est écrite d’elle-même, les trajectoires des personnages ont progressivement pris des tournures surprenantes même pour moi. Jusqu’à ce qu’enfin je le termine et m’oblige à le relire dans son entièreté plusieurs fois. La phase la plus laborieuse.
C’est la vie urbaine qui m'a procuré le sujet du roman. Je me rappelle avoir été marqué par l’image iconique du fondateur de Facebook déambulant dans l'allée d’une salle de conférence au milieu d’hommes assis, plongés dans la réalité virtuelle. Leurs casques de VR noirs rendaient leurs visages indistincts, presque inhumains. Ils étaient anonymes, semblables et disciplinés. Et puis ma réflexion s'est nourrie d'autres éléments, qui étaient là devant moi au quotidien. Une forme de délitement du lien social par l’immersion numérique. Notre incapacité actuelle à supporter l’ennui, notre besoin de nous noyer dans l’immédiateté pour remplir le temps. Un spleen numérique en quelque sorte. Dans mon roman, j'ai poussé cette logique presque à l’extrême en créant un univers dystopique. J’espère qu’il vous plaira.