Le principe fédérateur
Qu'il s'agisse de l'évolution des espèces ou de la stratégie militaire, la leçon est la même : quand le milieu change ou devient plus difficile, la survie passe par des alliances ou des mariages. Une leçon qui vaut pour le domaine des affaires, comme le démontre James E. Moore.
C'est l'observation des bouleversements provoqués par le tourisme et la spéculation immobilière sur l'équilibre écologique de l'île d'Hawaii qui a conduit ce consultant réputé à appliquer une grille utilisant les concepts de la biologie aux stratégies des entreprises. Ainsi sont nés ses écosystèmes entrepreneuriaux. Une notion très utile pour analyser la multiplication des partenariats et les batailles de standards qui rythment le développement des hautes technologies.
Mais elle permet aussi de mieux expliquer les changements affectant certains secteurs plus anciens, comme l'automobile, où les liens entre équipementiers, fabricants et circuits de distribution sont devenus si imbriqués que la compétition traditionnelle a laissé place à une concurrence entre systèmes. Pour gagner, il ne suffit pas d'être le plus fort, il faut en plus savoir fédérer les meilleurs autour de soi. --
La revue RésumésNous sommes entrés dans une ère de profonds bouleversements
L'environnement des entreprises ne cesse d'être remis en cause par les progrès technologiques et la globalisation des enjeux. Il apparaît nécessaire de repenser la stratégie économique des entreprises pour les aider à intégrer ces changements et à subsister.
Les flux économiques doivent désormais être appréhendés selon la notion d'écosystèmes
Les écosystèmes traversent différentes phases de développement qui appellent des approches distinctes à chaque étape. En s'inspirant des grandes règles d'évolution du milieu naturel, un marché peut surmonter les obstacles qui se dressent devant lui et bénéficier d'une croissance supplémentaire. Comprendre les subtilités des circuits relationnels et des principes du leadership dans le contexte des écosystèmes est un atout pour les chefs d'entreprise.
Les jeux de coopération et de compétition au sein d'un même circuit économique doivent aboutir à une communauté d'intérêts qui préservera l'écosystème
Faute d'adaptation aux changements en gestation, les entreprises sont condamnées à plus ou moins longue échéance. --
Idées clés, par Business Digest«La mort de la compétition», pers-pective vertigineuse ! A l'heure où le terme « mondialisation » fleurit sur toutes les lèvres, s'inspirer du mode d'organisation sociale adopté par la communauté des fourmis laisse songeur. L'ouvrage de James Moore propose une représentation des flux économiques selon la notion d'écosystèmes et bâtit ainsi des parallèles étonnants entre le monde biologique et le monde économique.
Fonctionner en écosystème permet d'assurer un leadership sur un système économique vaste. Cela suppose la constitution d'un réseau d'acteurs en communauté d'intérêt, dans une logique de co-évolution et non de compétition. Dans cette nouvelle représentation économique, j'ai trouvé écho à la politique lancée par le Parc Nucléaire à l'attention de ses entreprises prestataires dans le domaine de la maintenance de son outil industriel.
Les années 90 ont vu évoluer fortement l'environnement de la maintenance nucléaire : Tchernobyl en particulier a focalisé l'attention de l'opinion publique sur la sûreté de nos installations et le Parc Nucléaire d'EDF s'est engagé résolument auprès de ses prestataires afin que ceux-ci contribuent à l'atteinte de ses objectifs de sûreté et de compétitivité. Ceci suppose notamment le renforcement du professionnalisme et une plus grande stabilité des emplois des intervenants, la réduction de la dosimétrie et des accidents du travail et l'amélioration des conditions de travail. Ces prérequis sont autant de facteurs d'expansion économique pour les entreprises et d'enrichissement culturel pour les individus.
Le Parc nucléaire s'est posé en leader au sein de cet écosystème où entreprises prestataires et autorité de sûreté constituent les principaux protagonistes. En effet, il donne les orientations à moyen terme et définit les actions à mettre en oeuvre. Ainsi, a été mis en place un cadre de qualification et d'évaluation des entreprises de maintenance, cadre sous-tendu par une logique de progrès engageant tant EDF que l'entreprise partenaire.
Etant leader d'un écosystème, EDF doit posséder une vision sur le moyen terme et surtout assurer la cohésion du réseau par l'adhésion à cette vision. A mon sens, un aspect manque à l'ouvrage de James Moore. Il s'agit de la prise en compte de la dimension temps, qui est insuffisamment traitée dans ce schéma économique. Concevoir, constituer et faire vivre un écosystème est une activité de longue haleine. Tout d'abord le partage de la vision à moyen terme exige de mes interlocuteurs qu'ils changent leur référentiel. Or les habitudes sont prégnantes et les entreprises ancrées sur le quotidien.
Il est essentiel bien sûr d'établir des relations de confiance dans un engagement à moyen terme, confiance qui se construit au rythme des signes concrets et tangibles pour tous de l'engagement du leader. Et vous savez combien il est difficile de relancer la dynamique au lendemain d'une difficulté de mise en oeuvre qui provoque un repli immédiat sur le court terme.
A ceci, il faut ajouter le temps nécessaire à la déclinaison de cette vision dans les choix de gestion de chaque entreprise participante. Le tribut à l'écosystème est l'acceptation par tous de mener une révolution culturelle et managériale interne. Ceci ne se décrète pas et demande aux managers d'y croire et d'accompagner cette évolution dans leurs équipes. L'expérience me prouve que la réussite de cette seconde étape décide de l'intégration de l'entreprise dans l'écosystème ou de son exclusion. Si j'ose reprendre la métaphore écologique, d'aucuns préfèreront le rôle de la cigale et les profits à court terme et se disqualifieront d'eux-mêmes. Nous préférons quant à nous les fourmis. -- Jean-Marc Teisset -- -- Business Digest