A propos de cet article
2 pages in-4 (280 x 210 mm), à l'encre noire ; en-tête « 98 rue Lepic ». Belle lettre contemporaine de la publication de Mort à crédit. "Chère Karen Je me demande ce que vous devenez, où vous êtes ? Tout cela est si loin, votre départ… Je voudrais vous raconter des choses joyeuses et riantes et peppys ! Mais je n'en ai pas beaucoup. Je vais un peu mieux physiquement après cet atroce effort. Mais hélas mon livre est sorti dans un épouvantable moment ! Vous savez ce qui se passe ! De plus j'ai eu une série de critiques détestables. On veut me faire payer cher le succès du « Voyage » et surtout mon indépendance. Je vais être obligé de quitter Clichy ma présence au dispensaire devient impossible. Je ne crois pas aller en Amérique. Cela coûte trop cher. Je n ai pas gagné grand chose avec mon livre. J'irai en Irlande ou en Bretagne, peut-être en Norvège et tout seul. J ai assez de voir les gens. Plus je suis seul, plus je deviens impossible. Je le sais Karen. Je vous aime bien et je vous embrasse. Louis. [et dans la marge de gauche, en exergue, cet ajout :] J ai rencontré sur le Boulevard Muriel et [?] going to Argentina !" Tout Céline est résumé, concentré dans cette courte lettre : sa mélancolie, ses rapports difficiles avec la médecine et le littérature, son complexe de persécution, son désir de fuite, l'Amérique et… le goût pour les danseuses ! Lorsqu Elizabeth Craig présenta Karen Marie Jensen à Céline, l'écrivain songera un moment à donner à cette jeune danseuse danoise un rôle dans L'Église (pièce qui ne fut pas représentée). Céline garda le contact avec Karen et, au moment où il désespère de reconquérir Elizabeth, la rejoignit à Chicago, où elle était en tournée. Ils se revirent à Copenhague en 1935 et à Paris, avec Lucette Almanzor, en 1937. Plus tard, en 1945, Karen hébergera Céline et Lucette à Copenhague lors de leur arrivée au Danemark. Les lettres de Céline à Karen, entre amitié amoureuse et véritable amour - l'écrivain a entretenu, au moins un temps, l'idée de partager sa vie avec la belle danseuse -, « laissent exprimer sa pensée et ses émotions d'une façon extrêmement directe, [révélant], avec une rare clarté, le fond de sa sensibilité » (Colin W. Nettelbeck). Références : Céline, Lettres à des amies, publiées par Colin W. Nettelbeck, Paris, Gallimard, 1979.
N° de réf. du vendeur ABE-1619706618537
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