Dans un roman autobiographique, Veille de fête, Roger Boutefeu nous a conté son difficile apprentissage pour devenir un homme : né un peu avant 1914, gosse de la zone, orphelin à douze ans, commis de ferme, clochard, couvreur-plombier, camelot, imprimeur, etc., il se forme et milite, de 1929 à 1936, au sein de la CGT et de l’Union anarchiste. Puis il part pour la guerre d’Espagne. Au retour ses écrits contre la guerre qui s’annonce lui valent un emprisonnement au quartier politique de la Santé ; jusqu’au 2 septembre 1939. Je reste un barbare est la suite, non moins mouvementé, de ce témoignage. En prison, l’anarcho-syndicaliste, sans Dieu et sans église depuis l’enfance, rencontre Quelqu’un, grâce à un livre : l’Évangile ; Quelqu’un, désormais, qui l’appelle, personnellement, inexorablement. Nous avons, ici, l’histoire tumultueuse d’une réponse disputée pendant onze ans. Directeur d’un centre de formation professionnelle, secrétaire général d’une compagnie théâtrale, bûcheron et – longue expérience, la plus décisive – berger, le « barbare » ne se sera jamais embarrassé de fausses « politesses » avant de dire « oui » à celui qui le harcelait et d’entre dans sa Bergerie.
Né en 1911 et mort en 1992, Roger Boutefeu eut une enfance miséreuse et fut très jeune sur le « trimard ». C’est sur la route qu’il eut ses premiers contacts avec des bûcherons libertaires. Il demeurait à Paris avant la Seconde Guerre mondiale et travaillait comme sangleur dans une entreprise de presse. Il fut, en 1933, gérant de Rectitude, organe de la Ligue des objecteurs de conscience où il écrivait sous le pseudonyme de A. Duret.
Militant de la CGT de 1929 à 1936 puis de l’Union anarchiste (UA), il écrivit : "Je serais mort à moi-même, à la vie, si je n’avais poussé la porte de la CGT et des milieux libertaires... Je dois à la CGT la connaissance. Aux milieux libertaires, la propreté".
Volontaire en Espagne à l’été 1936, il envoya plusieurs articles et comptes rendus au Libertaire. Revenu en France il fut, de septembre 1937 à août 1938, gérant du Libertaire et, en 1939, membre de la commission administrative de l’UA.
Condamné en janvier 1939 à douze et dix-huit mois de prison pour « provocation de militaires à la désobéissance dans le but de propagande anarchiste », il se convertit au catholicisme pendant sa détention à la prison de la Santé. Il écrivit par la suite plusieurs ouvrages où il raconta sa joie d’avoir " rencontré Dieu " (cf. Je reste un barbare et Journal du barbare). À sa sortie de prison le 2 septembre 1939, il ne semble pas s’être rallié au pétainisme.
A la Libération il collabora à la revue Maintenant (Paris, 1945-juin 1948, 10 numéros) fondée par Henry Poulaille, puis aux Cahiers du peuple (Paris, 1946-1947, 3 numéros) fondés par Michel Ragon.
Renouant avec le christianisme social, Roger Boutefeu écrivait : "Charnellement, je suis lié aux faibles, aux exploités, sprituellement lié à leur âme collective, à leur idée de vie. La volonté de faire avancer l’heure de la justice, de la paix et de la fraternité me tient debout... Le fait d’être de l’Egilse, d’en faire partie intégrée et intégrante n’y change rien : le peuple est proche du Seigneur. Je ne puis aimer les pauvres et avaliser un système économique et social qui en fabrique par millions". Boutefeu appartient à une espèce rare, celle des écrivains prolétariens chrétiens.